Focus sur Visa 2018

par les étudiants de l'ESJ PRO Montpellier

Alice Martins, comprendre la guerre en Syrie

Témoin privilégiée de la chute de Raqqa, elle suit le conflit syrien depuis 2013.

Cet article a été écrit par Marin du Couëdic. 
Publié le 07.09.2018 à 21h29 à Perpignan
La photojournaliste Alice Martins, lors d’une visite de son exposition au Couvent des Minimes de Perpignan, mercredi 5 septembre 2018. © Marin du Couëdic

Comment vit-on dans un pays en guerre ? De quelle manière les gens se comportent-ils dans des situations extrêmes ? Voilà quelques-unes des questions que s’est posée Alice Martins en débarquant en Syrie, en 2013.

« Je suis allée là-bas parce que je voulais comprendre, observer de mes propres yeux ce conflit. J’y suis restée pour voir comment les choses évoluaient ».

À Visa pour l’image, où nous l’avons rencontrée mercredi 5 septembre, la photojournaliste brésilienne expose une vingtaine d’images poignantes, prises entre le printemps 2013 et avril 2018.

« Bienvenue dans Raqqa libérée »

On y voit l’évolution à marche forcée d’une ville, Raqqa, en proie au chaos après avoir été successivement conquise par les insurgés rebelles, les djihadistes de Daech et par les forces kurdes soutenues par la coalition militaire menée par les États-Unis.

Son exposition au couvent des Minimes s’intitule « Bienvenue dans Raqqa libérée ». « C’est un titre ironique, précise Alice Martins. Les habitants ont retrouvé leur ville après des années de guerre, mais complètement détruite et au prix de milliers de morts. Aujourd’hui, beaucoup s’interrogent : où est la liberté ?»

Un vieil homme au milieu du cimetière de Qayyarah, en Irak, le 20 octobre 2016. Sous l’occupation de Daech, des militants ont détruit toutes les pierres tombales qui, à leurs yeux, étaient « non islamiques ». © Alice Martins

Sur place, la jeune femme devient le témoin d’une vie quotidienne marquée par les bombardements, la terreur, les exécutions et, parfois, des moments de joie.

« À la guerre, il y a le pire et le meilleur, ceux qui tuent et ceux qui aident, qui viennent au secours », expose celle qui vend la plupart de ses photos au Washington Post, quotidien américain réputé pour la qualité de ses reportages.

Seule sur le terrain, en niqab

Un temps aux côtés d’autres journalistes, la jeune femme fait rapidement bande à part, noue des contacts et se mêle à différentes factions.

Pour faire profil-bas et se déplacer sur ce territoire contrôlée entre la Syrie et l’Irak, elle porte le niqab. Petit à petit , elle se fait accepter par différents groupes, insurgés, islamistes ou kurdes.

« Sur le terrain, il n’y a pas vraiment de bons et de mauvais, insiste-t-elle. Tous, même les plus brutaux, pensent qu’ils se défendent, qu’ils épousent une cause. Dans ce conflit très complexe, c’est notre responsabilité à nous, journalistes, de montrer les différents visages de la guerre ».

Premier conflit

« Je me suis toujours intéressée aux conflits, confie la Brésilienne de 38 ans. C’est venu en voyant la Guerre du Golfe à la TV, petite, au début des années 80. Ça m’a impressionnée, j’ai soudain compris que la guerre n’était pas seulement dans les livres d’histoires ».

Avant de poser le pied sur le sol syrien, son premier conflit, le cheminement est long. Originaire de la région de Porto Alegre au sud du Brésil, Alice Martins  voyage beaucoup, notamment en Afrique.

Cérémonie de fin de formation pour les recrues du Conseil militaire de Manbij, entraînées par les forces spéciales américaines. Province d’Alep, Syrie, 27 novembre 2016. © Alice Martins

La photo, elle en fait depuis qu’elle a 9 ans, lorsqu’elle reçoit un appareil pour son anniversaire. Alice Martins n’a pas fait d’école de journalisme ou de photo, seulement un stage avec un photographe documentaire au Brésil – «il m’a appris a entraîner mon œil ».

« Voir l’histoire qui se fait »

Être une femme ? « A Raqqa, j’ai eu l’impression que c’était parfois plus simple pour prendre des photos ». Les seuls problèmes de sexisme qu’elle rencontre sont avec des collègues journalistes. « Certains me disaient de rentrer chez moi, que le coin était trop dangereux. Je me suis accrochée.»

Celle qui habite désormais à Istanbul veut retourner en Syrie « autant que possible », malgré la difficulté d’obtenir un visa ces derniers temps. « Le gouvernement syrien n’aime pas beaucoup les journalistes ».

Elle conclut : « Je ne suis pas addict à la guerre, à la violence, mais aux lieux de changements. Je veux voir l’histoire qui se fait ».

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