Focus sur Visa 2018

par les étudiants de l'ESJ PRO Montpellier

Ce que nous avons appris sur le photojournalisme

Au terme d’une semaine à Visa pour l’image, retour sur ce que nous, étudiants en journalisme, avons appris sur cette profession.

Cet article a été écrit par l'équipe DataVisa.
Publié le 07.09.2018 à 20h24 à Perpignan.
Des photos de l’exposition « Kura yangu ina thamani » (Mon vote compte) sur l’élection présidentielle 2017 au Kenya prises par Luis Tato / AFP. © Diane Jean

De la photo, nous ne connaissions que peu de choses. Des noms – Capa, Doisneau, Cartier-Bresson -, et quelques images célèbres. Et puis nous sommes arrivés à Perpignan. 

Pendant une semaine, nous avons couvert la 30e édition de Visa pour l’image, l’un des plus grands rendez-vous de photojournalisme.

Avec toute la rédaction de Focus sur Visa, nous nous sommes penché sur ce métier, ses évolutions et les conditions dans lesquelles il est exercé en 2018.

Première observation : nous avons été frappés par la difficulté de cette profession fantasmé, dont l’âge d’or semble révolu.

Indépendance et précarité

«La photographie ne s’est jamais si bien portée, les photographes jamais si mal.» Ce constat est le titre d’une lettre ouverte publiée dans Libération le 1er juillet 2018.

Cette tribune destinée à la ministre de la Culture, témoigne d’un métier qui s’est précarisé. Elle a été diffusée la veille du début des Rencontres d’Arles, autre grand rendez-vous de photojournalisme.

Capture d’écran du site Liberation.fr

De plus en plus de photographes sont indépendants – autrement dit qu’ils ne sont pas liés à une agence. Ils ne profitent donc ni de l’assurance de commandes, ni de la défense de leurs droits d’auteurs.

Cette évolution n’empêche pas que leur travail soit reconnu et primé. Depuis 2010, des indépendants figurent régulièrement au palmarès du Visa d’or Paris Match News.

Femme et photojournalisme

Si le statut des photographes suscite des débats, la place des femmes dans le photojournalisme s’invite régulièrement dans les discussions. Au point d’en être le thème de plusieurs table-rondes à cette 30e édition de Visa pour l’image.

Parmi les vingt-huit lauréats du Visa d’or News, l’un des prix le plus prestigieux de ce festival, quatre sont des femmes. Entre 1998 et 2018, cette récompense n’a été attribuée qu’à des hommes.

manhhai / CC / Flickr

Jean-François Leroy, directeur du festival, refuse néanmoins toute parité dans le choix des expositions. « Je ne choisirai jamais un sujet parce que c’est celui d’une femme au détriment d’un meilleur sujet réalisé par un homme », assurait-il le 4 septembre sur le site de 9Lines Magazine.

Le portrait, genre banni

De recherches documentaires en visionnage d’archives INA, nous avons remonté le temps jusqu’à la première édition « bricolée », en 1989. Invité d’honneur, Alberto Korda y présente son portrait, mondialement connu, du leader argentin Che Guevara.

Capture d’écran / Focus sur Visa

Quelques années plus tard, Jean-François Leroy bannit définitivement ce genre photographique du festival. «  Sauf quand elles ont du sens», nuançait-il toutefois lors de la soirée de projection du mercredi 5 septembre, au sujet de l’exposition Pauvres en Belgique de Stephan Vanfleteren.

Les photos de guerre, les plus primées

La première édition met également en avant les paparazzis, les photos d’hommes politiques ou encore la perestroïka. À l’époque, la guerre du Liban est le seul conflit traité. Mais très vite, dès les années 1990, la photographie de guerre s’impose dans les expositions.

Sur l’ensemble du palmarès du Visa d’Or Paris Match News, la moitié des prix concerne des images de guerres (ex-Yougoslavie, Tchétchénie, guerres civiles en Afrique…). Le jury n’a d’ailleurs pas hésité à récompenser deux années de suite des reportages sur le conflit yougoslave.

Nouvelles écritures

La guerre n’est plus le seul thème plébiscité par les organisateurs du festival. Son directeur l’a affirmé dans une interview publiée dans Le Monde le 1er septembre 2018. 

Jiangsu, Chine, 16 juin 2016. Usine de transformation de poulets.
© George Steinmetz / Cosmos

« On a vu apparaître de nouvelles écritures (…) Les sujets ont changé. On s’intéressait à la guerre, on illustre aujourd’hui l’économie (Grèce), l’environnement, les problèmes de société. Sur le fond, les photographes font plus de sujets sociaux.»

À l’image de George Steinmetz, qui montre cette année les pratiques de l’agriculture à grande échelle dans son exposition Big Food.

Avec ou sans le numérique

À la fin de cette semaine professionnelle 2018, nous repartons avec de nombreuses photos enregistrées dans nos smartphones, partagées sur Instagram et sur Twitter.

La place du numérique dans le milieu n’est d’ailleurs plus à prouver et ce qui n’était pas possible il y a trente ans l’est aujourd’hui.

Life of Pix / CC / Pexels.com

« On dénombre désormais 63 millions de photographes, nous a fait remarquer « Tonton Jo», celui qui dit couvrir le festival depuis ses débuts pour L’Indépendant. On est au bord d’un changement total. Il y a tellement de photos qui circulent que les gens vont se lasser. Il s’habituent à ce qu’ils voient.» 

Un risque, surement. Mais aussi une opportunité. « Depuis l’arrivée du numérique, les tirages n’ont jamais été d’aussi bonne qualité», témoigne un visiteur habitué du Couvent des Minimes.

Nous avons découvert Visa pour l’image dans sa 30e année. Malgré les difficultés, le festival comme le photojournalisme ont su s’adapter. Et auront toujours de nouveaux défis à relever.

Retrouvez l’intégralité de notre enquête

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