Focus sur Visa 2018

par les étudiants de l'ESJ PRO Montpellier

Dans les poches d’Émilienne Malfatto

Ses images du peuple des Marais, en Irak, ont été diffusées à la projection du 4 septembre 2018, au Campo Santo.

Cet article a été écrit par Sarah Bourletias.
Publié le 06.09.2018 à 12h00 à Perpignan
La photojournaliste a travaillé en Irak et couvert les combats entre les forces occidentales et Daech. © Sarah Boulertias

En reportage, que mettez-vous dans votre sac ?

Des tas de choses ! À commencer par mon matériel photo : des batteries de rechange et, bien sûr, des appareils. J’ai un Nikon D750, qui est assez lourd et bruyant, et un Fuji X100T. J’ai commencé à travailler avec lorsque j’étais en Amérique latine. Je me suis vite rendue compte qu’un appareil petit, silencieux et discret pouvait m’éviter de me retrouver avec un couteau sous la gorge. Même s’il est léger et qu’il n’a l’air de rien, cet appareil prend des photos de qualité. Et comme il est plutôt silencieux, il est très facile à utiliser dans des contextes de tension. Mon astuce, c’est de l’avoir enroulé de scotch marron : comme ça, dans des zones à risque, personne ne songe à me le piquer car tout le monde le pense vieux et abîmé ! Dans mon sac, j’ai aussi systématiquement une écharpe, qui peut me servir de voile au Moyen-Orient où je travaille souvent, ainsi que des stylos et un carnet de notes. Là, c’est la journaliste qui est en moi qui parle ! Dans tous les cas, je reste pragmatique : un sac de photographe doit être léger, je dois pouvoir le transporter toute la journée.

Quel est votre appareil photo préféré ?

J’ai une espèce de fantasme de photographe : j’adorerais me payer un Leica ! Après, j’aime tout autant mon Fuji. Il est comme un mec, il a ses défauts mais je l’aime quand même. Je me souviens aussi de l’un de mes premiers appareils photo. C’était un vieux Minolta, un argentique des années 60 – 70, qui avait appartenu à mon oncle et que mon père m’avait donné. Techniquement, ce n’était pas un foudre de guerre, mais je l’aimais quand même. Aujourd’hui, je ne peux plus l’utiliser car il est cassé. Personne n’a jamais réussi à le réparer tant il est obsolète. Je considère aussi que ce n’est pas tant l’appareil photo qui est important mais l’œil du photographe, le regard qu’il porte sur le monde, sa sensibilité, les situations qu’il choisit de photographier… Finalement, l’appareil n’est qu’un instrument.

Vous êtes plutôt argentique ou numérique ?

C’est une bonne question. Avant d’être photographe professionnelle, j’étais un peu «l’ayatollah» de l’argentique. Je ne bossais que comme ça. Pendant mes études en Colombie, à l’université nationale de Bogotá, j’ai travaillé dans un laboratoire photo et j’ai adoré ça ! J’aimais autant l’atmosphère du lieu que la magie du moment : on fait tout de même apparaitre des photos, ce n’est pas rien ! Pour moi, c’était l’équivalent de trois heures de yoga. Je pourrais donc te servir le discours : «l’argentique, c’est plus noble», mais je n’en ai pas envie. Aujourd’hui, j’utilise le numérique pour des raisons de praticité : c’est techniquement moins lourd. Pas besoin d’envoyer les rouleaux à l’autre bout du monde ni de faire développer les photos. Le numérique est aussi beaucoup moins cher. Toute sa logistique est moins compliquée.

Qu’il y-a-t-il dans vos poches au moment de cet interview ?

Je n’ai pas de poches ! Dans mon sac, en ce moment, il y a une bouteille d’eau, un ordinateur, un carnet avec un stylo, un porte-monnaie, des lunettes de soleil et un bouquin, un polar diplomatique. J’ai aussi mon téléphone portable, mais je ne suis vraiment pas une adepte des smartphone ni des réseaux sociaux ! Je n’ai pas l’âme d’une geek. Je m’efforce d’avoir un semblant de présence sur les réseaux sociaux, mais c’est loin d’être un réflexe !

Avez-vous un porte-bonheur ?

Pas vraiment. Quand il m’arrive de prendre des photos dans des endroits «craignos», je porte toujours une médaille qui appartenait à ma grand-mère et au dos de laquelle il est inscrit «Italie». Je l’ai attachée à une chaîne en argent qu’un ami chiite m’a offert en Irak. C’est une sorte de porte-bonheur, mais je ne le porte pas tout le temps.

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