Focus sur Visa 2018

par les étudiants de l'ESJ PRO Montpellier

Olivier Jobard, la photo comme lien social

Primés plusieurs fois pour son travail au long cours, il s’intéresse de (très) près aux questions migratoires.

Cet article a été écrit par Yvan Le Gall.
Publié le 03.09.2018 à 17h58 à Perpignan
Dernière mise à jour le 04.09.2018 à 07h24
Olivier Jobard pose devant ses photos exposées à Visa pour l’image le 3 septembre 2018. © Yvan Le Gall

Habitué de Visa pour l’image, Olivier Jobard nous présente ce lundi 3 septembre « Ghorban, né un jour qui n’existe pas », son reportage exposé pour la 30e édition du festival.

Pendant huit ans, le photojournaliste a suivi Ghorban Jafari, venu d’Afghanistan, arrivé en France à l’âge de 12 ans. À l’heure où nous réalisons cet interview, Ghorban Jafari a 20 ans, la nationalité française et un travail.

Olivier Jobard l’a rencontré à Paris, sous un pont, près du canal Saint-Martin, un lieu à proximité de la gare de l’Est, où des centaines de migrants espèrent sauter dans un train, direction l’Allemagne.

C’était en 2010. Ghorban Jafari venait de parcourir 12.000 kilomètres pour réaliser son rêve : aller à l’école. Il finit par rester France. Olivier Jobard est, depuis, devenu son parrain républicain, un engagement moral qui lie les deux hommes.

« Des héros du XXIe siècle »

Derrière son objectif, Olivier Jobard a été le témoin de cette adolescence, sans chercher à masquer ses convictions personnelles.

« J’ai le droit de penser, on a le droit d’avoir des idées et, heureusement, je les défends. La neutralité fait parfois défaut. Je n’appartiens à personne, je raconte ce que je veux. »

Sa démarche, engagée et assumée, a été récompensée plusieurs fois, notamment en 2005 lors du concours réputé World Press Photo.

« Au lycée, je ne dis pas que je vis en foyer, que je ne vis pas avec mes parents, que je n’ai pas de papiers. » Lycée professionnel Vauquelin, Paris, décembre 2016.
© Olivier Jobard / Myop

Depuis le début, Olivier Jobard se dit «bluffé» par celles et ceux qui «du jour au lendemain, pouvaient tout abandonner pour une vie meilleure et qui donnaient tout, parfois leur vie, pour y accéder».

«Je trouvais que le combat qu’ils menaient pour eux, pour leur enfants – car c’était souvent se sacrifier pour leurs enfants -, était exceptionnel.» Si exceptionnel qu’il les désigne comme « des héros du XXIe siècle».

« Montrer à quel point ils peuvent être utiles à la France »

En 2004, son appareil photo et ses convictions dans son sac à dos, Olivier Jobard se met à suivre Kingsley, dans son périple clandestin, du Cameroun jusqu’à la France. Quatorze ans plus tard, les deux hommes sont toujours en contact.

« Je les suis car je trouve intéressant de voir l’apport de ces migrants à la France et à leur pays d’origine, montrer à quel point ils peuvent être utiles à la France. Ils paient leurs impôts et, dans le même temps, ils envoient de l’argent à leur famille.»

«Ils font bouger les choses, ils sont généreux. Ce sont de beaux exemples à suivre et à donner à ceux qui ne sont pas sensibilisés par la cause migratoire. Ce ne sont pas des poids comme on peut vouloir le laisser entendre. »

Sans barrière de temps

En 2017, le photojournaliste accompagne Ghorban Jafari, retourné voir sa mère en Afghanistan.

Olivier Jobard assiste alors à d’intenses retrouvailles entre mère et fils, en pleurs. Jusqu’ici, le jeune adulte était persuadé que sa mère l’avait abandonné. Cette scène donnera la photo la plus marquante de la série exposée à Perpignan.

Un an plus tard,  le jeune homme travaille à Paris et vient régulièrement manger chez le photographe, devenu son parrain républicain au moment où il obtient de la nationalité française.

Olivier Jobard a hâte d’immortaliser le prochain instant de la vie de Ghorban Jafari pour compléter l’histoire de cet autrefois mineur isolé devenu  exemple d’intégration.

En parallèle, le photojournaliste, lauréat du Visa d’Or News 2004, prépare un autre sujet. Il suit depuis deux ans un ancien détenu, âgé de 55 ans, qui a passé 18 ans derrière les barreaux.

L’idée d’Olivier Jobard est de mettre en lumière les étapes de réinsertion de cet homme dans la société.

« J’attends qu’il se passe quelque chose dans sa vie. Je n’ai pas de barrière de temps », nous dit le photographe qui a fait de la patience son principal credo.

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