Focus sur Visa 2018

par les étudiants de l'ESJ PRO Montpellier

Photographe, un métier en danger

Alors que l’image est omniprésente dans les médias, les conditions d’exercice du métier de photographe se dégradent.

Cet article a été écrit par Yohann Desplat et Margot Hairon.
Publié le 06.09.2018 à 15h48 à Perpignan
Augustas Didžgalvis / CC / Wikimédia

« Si j’avais plus d’argent, ce serait avec le plus grand bonheur que j’offrirais les droits d’auteur aux photographes ! », affirmait mercredi 5 septembre  Jean-François Leroy, directeur de Visa pour l’Image, dans les colonnes du magazine en ligne 9 lives. Cette position ne surprendra personne dans le milieu de la photographie.

Le festival perpignanais, doté d’un budget de 2,4 millions d’euros, n’est pas un cas à part. Autre grand rendez-vous de la photographie, Les Rencontres d’Arles avec 7 millions d’euros de budget. Y est versée, depuis 2018, une rétribution de 500 euros à ses exposants.

« C’est assez dérisoire, regrette au téléphone Olivier Culmann, photographe membre du collectif Tendance Floue, basé à Montreuil (Seine-Saint-Denis). Si l’on considèrerait une attribution de 2.000 euros pour chaque photographe, le montant total s’élèverait à 80.000 euros. C’est ridicule, face à de tels moyens. D’autres festivals, plus petits, tiennent à nous payer. »

« Une certaine idée de gratuité »

La veille du début des Rencontre d’Arles 2018, une tribune paraît dans Libération, adressée à la ministre de la Culture Françoise Nyssen et au Président Emmanuel Macron, laquelle était accompagnée d’une pétition #payetaphoto.

Lauréat 2017 du Prix Niépce en 2017, Olivier Culmann est l’un des signataires de cette lettre ouverte. Il alerte sur les conditions de plus en plus difficiles d’exercice d’un « métier en danger ».

Le 1er juillet 2018, une tribune intitulée #payetaphoto a été publiée dans Libération.

« La problématique est très globale et pas seulement liée à Visa. Il y a un statu quo depuis très longtemps dans le milieu. Dans le domaine artistique, les professions du cinéma et du théâtre, par exemple, sont mieux considérées. »

Et Olivier Culmann de donner un exemple : « Dans une exposition, le photographe est souvent oublié, alors que c’est lui qui fournit la matière première. Il y a une certaine idée de gratuité dans notre profession. »

Un phénomène accentué avec internet « qui permet à des personnes du monde entier d’avoir accès à ce que tu publies, ajoute le photojournaliste italien Valerio Bispuri, malheureusement pour se faire connaître on n’a pas d’autre choix ».

Paradoxe d’un métier précaire et en vogue

Autre problème évoqué, les retards de paiement. Le délai entre le jour de publication et le jour de rémunération ont tendance à s’allonger. Et dans certains cas de figure, les salaires se transforment en droits d’auteur, témoigne Emilienne Malfatto, photojournaliste freelance.

« Ce qui change pas mal de choses au niveau des cotisations sociales». Si elle reconnaît ne «pas vivre le couteau sous la gorge», elle observe «une tendance à payer de moins en moins».

Olivier Culmann soulève un paradoxe. « La photographie a le vent en poupe. Elle est de plus en plus visible, exposée, mais nos conditions ne s’améliorent pas ». Le métier est devenu précaire. Les photographes doivent élargir leur champ d’action.

« Il y a une dizaine d’années, travailler uniquement dans la presse suffisait à bien gagner sa vie. Aujourd’hui, il faut se tourner vers des collaborations avec les entreprises, la vente de tirages à des galeries, de la formation dans des écoles… »

À combien peuvent s’élever, sur un an, les droits d’auteur dans le métier ? « C’est compliqué à estimer. Cela peut être très peu, mais ceux qui arrivent à vendre beaucoup d’images à des galeries peuvent bien s’en sortir. »

Le marché bouleversé par le numérique

Dans un communiqué publié le 3 septembre 2018, la Société civile des auteurs multimédia (Scam) souligne la précarité des conditions de travail. Elle demande la révision d’un décret promulgué le 9 mai 2017 par le gouvernement qui fixe la rémunération minimale d’un photographe pigiste à 60 euros pour cinq heures de travail.

Un montant bien en-dessous du prix du marché actuel. Et qui évidemment ne prend pas en compte qu’un photographe professionnel investit lourdement dans son matériel.

Photographe pigiste à L’Indépendant, Tonton Jo, nous dresse également un état des lieux inquiétant d’après son expérience. « Comme les journaux vendent de moins en moins, ils veulent payer moins.»

Il dénonce « la perte de qualité » des images publiées dans la presse. « La proportion de photos prises au téléphone est énorme. Ce qui compte, c’est d’avoir la photo au plus vite, pas qu’elle soit belle. On est au bord d’un changement total. »

Valerio Bispuri pointe quant à lui du doigt les projections du festival : « On nous demande de fournir entre 50 et 100 photos ! C’est très compliqué d’en prendre 50 de très bonne qualité… On se retrouve ainsi avec des images qui n’ont rien de spécial ».

Très attendue par les photographes vendredi 7 septembre à Perpignan pour la 30e édition de Visa pour l’Image, la ministre de la Culture a annulé son déplacement suite à «un imprévu». Dommage.

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