Focus sur Visa 2018

par les étudiants de l'ESJ PRO Montpellier

Photographier la pollution, c’est vouloir saisir l’invisible

Samuel Bollendorff a réussi son pari avec l’exposition « Contaminations », à l’église des Dominicains.

Cet article a été écrit par Sarah Bourletias.
Publié le 07.09.2018 à 08h45 à Perpignan
Samuel Bollendorff a photographié des espaces pollués comme Dzerjinsk, à 400 km à l’est de Moscou, où s’amoncellent les déchets des anciennes usines de produits chimiques. © Sarah Bourletias

Les souvenirs sont là. Des images, des odeurs gravées dans sa mémoire comme une pellicule photographique s’imprègne de lumière. Le lac Rio Doce, au Brésil, rouge de produits toxiques. Les détritus par centaines de tonnes que vomissent Naples et ses alentours. La « ville fantôme » d’Anniston, en Alabama, où la végétation grignote les maisons abandonnées. « L’odeur âcre » des déchets chimiques à Dzerjinsk, en Russie. Et puis le plastique en particules plus infimes « que du plancton », dit Samuel Bollendorff.

Le photojournaliste expose « Contaminations » à l’église des Dominicains, des photos réalisées pour sept reportages que Le Monde publie jusqu’au samedi 8 septembre.

« Je leur ai soumis l’idée en septembre dernier. Elle m’est venue après avoir lu le classement du Blacksmith Intitute qui recense les lieux les plus pollués de la planète. » Immédiatement, Le Monde accepte. Samuel Bollendorff s’envole pour six mois.

Vouloir saisir l’invisible

Le défi est de taille : « Photographier la pollution, c’est un peu comme vouloir saisir l’invisible », observe le photographe. « La radioactivité dans les zones près de Fukushima ou la contamination des lacs, au Canada, par l’exploitation des sables bitumeux, sont autant de sinistres écologiques qui ne sont pas visibles à l’œil nu. »

« Pour le continent de plastique, j’ai passé trois semaines à photographier l’océan en me demandant comment illustrer cette problématique. Dans certaines villes, il m’a parfois fallu des jours, des semaines d’errance avant d’obtenir ce que je voulais. »

En 2015, le barrage de rétention des déchets miniers de l’entreprise Samarco s’est rompu, déversant l’équivalent de 187 pétroliers de boue toxique dans le Rio Doce, le cinquième fleuve du Brésil. Aujourd’hui le « fleuve doux » a changé de nom. On l’appelle désormais le fleuve mort. © Samuel Bollendorff pour Le Monde

Face à l’invisible, Samuel Bollendorff a choisi le contraste. Ses clichés du Pacifique où dérivent des centaines de milliers de déchets plastique, oscillent entre une vaste étendue bleue et un couché de soleil.

« J’avais envie de montrer des grands formats et de beaux paysages dans lesquels le spectateur peut s’engouffrer. L’idée, c’était aussi de dire : voilà ce qui existe aujourd’hui, sauf que demain cela n’existera peut-être plus si rien n’est fait. »

« Des pans entiers de la planète ont été massacrés »

Samuel Bollendorff n’a pas honte de le dire : il n’est pas, et n’a jamais été un « photographe de la planète. » « J’ai travaillé pendant vingt ans sur des sujets sociaux, jamais sur l’environnement. De ce tour du monde, je suis revenu changé. J’ai pris tellement d’avions pour aller à l’autre bout de la Terre… J’ai pris conscience à quel point elle était petite, fragile et, à certains endroits, abîmée de façon presque irréversible. »

Cette prise de conscience imprègne le travail du photojournaliste. « C’est un discours que j’avais envie de porter. Des pans de la planète ont été massacrés par des industries, des économies et des politiques qui n’ont rien fait pour éviter ces drames.»

« Cela ne se passe pas seulement dans des pays pauvres ou des dictatures, mais aux États-Unis, au Japon, au Canada, en Italie. Autant de pays qui avaient les moyens financiers et politiques de ne pas abîmer la planète pour des siècles. »

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