Focus sur Visa 2018

par les étudiants de l'ESJ PRO Montpellier

Visite d’expo : au Yémen, « la guerre qu’on nous cache »

L’exposition de Véronique de Viguerie sur la guerre qui ravage le Yémen est à retrouver au Couvent des Minimes.

Cet article a été écrit par Yohann Desplat. 
Publié le 05.09.2018 à 16h26 à Perpignan
Au nord de Saada, Yémen, octobre 2017. La région de Rahban a été lourdement touchée par les bombardements aériens de la coalition menée par l’Arabie saoudite. © Véronique de Viguerie

**Attention, les images qui suivent peuvent choquer les âmes sensibles.**

Des ruines, des ruines, puis encore des ruines. Le Yémen ne connaît aucun répit, les photos de Véronique de Viguerie en témoignent. Les bombes pleuvent sur Sanaa ou Saada. Les bâtiments officiels sont les premières cibles. Les habitations des civils ne sont pas épargnées.

Depuis 2015, le pays est miné par un conflit interne opposant les rebelles Houthis au gouvernement, soutenu par une coalition militaire menée par l’Arabie Saoudite. Cette guerre est un véritable massacre. Elle a fait plus de 17.000 morts et trois millions de déplacés.

Il aura fallu un an à Véronique de Viguerie pour accéder au nord du Yémen. Sa ténacité lui a permis d’atteindre son but : raconter l’humain au beau milieu de cette dévastation. Souvent, elle parvient à capter le regard de sa cible, comme cet enfant en tunique bleue tenant une arme à Sanaa. Une association devenue banale. Après les bombardements, le temps s’arrête.

Ahmed Sagaf (13 ans) a sauté sur une mine sur la ligne de front. Au centre de rééducation, il apprend à marcher avec une prothèse. © Véronique de Viguerie

Une femme passe devant une rangée de maisons détruites. Elle semble ne pas faire attention aux gravats qui l’entourent alors que deux enfants, au second plan, s’amusent. Les femmes occupent une place centrale dans la série de clichés de la photographe. En l’absence des hommes, elles endossent le rôle de chef de famille ou de soignante.

Des enfants au Parlement

Véronique de Viguerie s’intéresse également au sort des populations civiles qui doivent fuir ou se cacher, subir les pénuries de nourriture, d’eau ou de soins médicaux. Sur l’une des photos, un homme est au volant de son 4×4, à Sanaa. Le toit du véhicule est chargé de bidons d’eau.  La quête de l’eau est devenu un véritable business.

Le blocus imposé par l’Arabie Saoudite prive les habitants de Sanaa  d’eau potable. De Saada, le fief des Houthis, la photojournaliste montre les enfants qui dorment dans les rues ou fouillent les poubelles pour trouver de quoi manger. Là-bas, le nombre de handicapés et d’orphelins augmente tous les jours.

Fabrication de prothèses, à Sanaa. Depuis le début du conflit, plus de 6 000 Yéménites ont été amputés. © Véronique de Viguerie 

En dépit de ce désordre, un « Conseil des enfants » s’est formé, regroupant 33 ministres, tous mineurs. Le premier ministre de ce gouvernement est Amat Allah Hassan, une jeune fille tout juste âgée de 17 ans. Elle rêve de devenir la prochaine présidente du pays. Le pouvoir du Conseil est d’abord symbolique, mais ils font face courageusement aux belligérants. Toujours armés, ils luttent contre la corruption, le recrutement des enfants soldats et les mariages précoces.

Alors que l’ONU organise de nouvelles discussions ce jeudi 6 septembre à Genève pour tenter de mettre fin à la guerre, l’espoir demeure au Yémen.

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