Focus sur Visa 2018

par les étudiants de l'ESJ PRO Montpellier

Visite d’expo : Éloge d’une prison tropicale

Lors d’une visite organisée à Visa pour l’image, Marc Dozier a commenté ses photos sur l’extraordinaire prison de Bomana.

Cet article a été écrit par Margot Hairon.
Publié le 06.09.2018 à 18h18 à Perpignan
Marc Dozier a répondu aux questions d’une dizaine de curieux, après la visite guidée mardi. ©Margot Hairon

Sur les images de Marc Dozier, ni murs, ni barbelés, des couleurs et parfois même une infinie douceur. « Cette prison est différente de toutes celles que j’ai pu visiter », raconte le photojournaliste français lors d’une visite guidée de son exposition de Visa pour l’image mardi 4 septembre.

Devant une quarantaine de personnes rassemblées au Couvent des Minimes de Perpignan, il nous parle de « Bomana, la prison tropicale réinventée » – nom de son reportage.

« Considéré comme le nid de l’enfer il y a encore cinq ans», l’arrivée d’un nouveau commandeur, Kiddy Keko, dans ce centre de détention situé en Papouasie Nouvelle-Guinée, a tout changé.

Un ancien « nid de l’enfer »

Au fil des photos, Marc Dozier raconte qui sont les détenus. « Lui, c’est le cow-boy de la prison. Il a la clé de sa cellule parce qu’il est chargé de s’occuper des bêtes. » Sur la photo, le prisonnier est à cheval, machette à la main, au milieu du bétail.

« C’est presque surréaliste de voir un détenu, arme à la main. Je lui ai demandé ce qu’il faisait avec : « c’est pour éloigner les voleurs, m’a-t-il répondu. Parce qu’on leur a offert quelque chose à défendre. Il y a de vraies propositions de réhabilitation. »

Dans le quartier où les mesures de sureté sont moindres que dans le reste de la prison, le photographe se croit dans un « camp de vacances ».

« Bomana boy »

Le commandeur et le directeur de la prison, avec leurs méthodes progressistes, ont ramené la paix. « Il y avait des dizaines d’évasions collectives, des agressions, des meurtres. Depuis leur arrivée, la situation s’est apaisée, parce qu’ils ont passé un contrat avec les prisonniers. »

Le directeur s’est engagé à leur rendre la vie plus facile, et les détenus ont promis de cesser leurs exactions.

Les détenus se sont prêté au jeu des photographies, que Marc Dozier leur a imprimées et offertes. ©Margot Hairon

Sur les photos de Marc Dozier, les condamnés sont sereins. L’un pose devant le tag « Bomana boy », l’autre embrasse un oiseau qu’il a apprivoisé. Sur leurs visages, des sourires un peu timides, de vrais sourires parfois, ou des larmes lors de la libération de l’un d’entre eux.

S’il est parvenu à capter autant d’émotions chez ces hommes et ces femmes enfermés, c’est parce que Marc Dozier est devenu leur ami, assure-t-il.

Une nuit en cellule

« Un jour, comme une boutade, nous avons demandé au directeur si nous pouvions dormir dans l’une des cellules. Et à notre grand étonnement, il a accepté. » Le photographe et Jules Prévost, le journaliste qui l’accompagnait, se sont donc retrouvés enfermés à 16 heures, afin de passer la nuit en prison.

« Cette prison est différente de toutes celles que j’ai pu visiter », raconte le photojournaliste français lors d’une visite guidée de son exposition. © Margot Hairon

« En soirée, on a joué aux cartes avec eux. Dans la nuit, j’ai senti une ombre au dessus de moi. C’était l’un d’eux qui s’inquiétait que j’attrape froid et m’avait déposé une couverture. Le lendemain matin, ceux des autres quartiers voulaient qu’on passe la nuit avec eux. On leur a fait confiance, ils en ont été profondément touchés. »

La prison de Bomana offre de vraies perspectives d’avenir aux prisonniers. Ils y prennent des cours, se forment à un métier, font du yoga. « L’enfer peut aussi être une chance », conclut Marc Dozier.

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