Focus sur Visa 2018

par les étudiants de l'ESJ PRO Montpellier

Yan Morvan, en argentique et noir&blanc

À 64 ans, ce photographe de guerre expose ses images des émeutes de Belfast prises en 1981.

Cet article a été écrit par Marin du Couëdic.
Publié le 03.09.2018 à 17h58 à Perpignan
© Marin du Couëdic

Yan Morvan, c’est un concentré de photojournalisme à l’ancienne. Dégaine d’ours mal léché, anecdotes à la pelle, il a le regard acéré de celui qui a tout vu et carbure au réel.

Nous l’avons rencontré le 3 septembre 2018 à Perpignan, où il expose à l’occasion de la 30e édition de Visa pour l’image. Ses images saisissantes d’émeutes en l’Irlande du nord au début des années 80 arborent les murs de l’ancienne université de la ville.

Du temps où cette série est réalisée à Derry et Belfast, une seule photo sera publiée, nous dit-il. « Je les ai ressorti un peu par hasard de ma cave, où elles trainaient depuis quarante ans. Un ami m’a dit que je devrais en faire une expo. »

De son reportage, on capte l’atmosphère révolutionnaire des quartiers catholiques de Belfast, qui s’étaient embrasés après la mort du prisonnier Robert Gerard Sands en 1981.

Sur un cliché, un jeune homme cagoulé, les poings levés devant des barricades en feu. Sur un autre, les funérailles d’un adolescent, tué par l’armée britannique lors d’une manifestation. Le tout en noir et blanc.

Émeutes dans les quartiers catholiques après la mort de Bobby Sands à Belfast (Irlande) le 7 mai 1981.
© Yan Morvan

À 64 balais, le Parisien a couvert des dizaines de conflits et s’est imposé comme l’un des maîtres contemporain de la photographie de guerre.

De son reportage de cinq semaines en Irlande du nord, le photographe se souvient surtout d’une « putain d’ambiance ».

« J’étais un mec de 27 ans, les cheveux jusque-là, qui tournais à la Guinness. Je me suis senti bien là bas, proche de mes origines bretonnes. »

La guerre ? « Tu vois des sales trucs, c’est parfois la boucherie, mais ça fait partie du boulot. J’étais le profil-type du reporter déterminé et prêt à prendre des risques qui convient à la situation. »

« Un photographe, c’est comme un sniper »

Sur le terrain, face à un sujet, le photographe se décrit « comme un sniper ». « Tu vises, tu lui exploses la tête et tu passes à autre chose. »

Un an avant son arrivée à Belfast, Yan Movran couvrait son premier conflit, la guerre entre Iran et l’Irak. De nombreux autres ont suivi depuis – avec au moins 35 pays à son compteur.

Quand il cause photo, Yan Morvan use de métaphores guerrières. « Je suis comme le napalm », lâche t-il au sujet de son hyperactivité professionnelle ou encore : « c’est du pilonnage », pour sa longue journée d’interviews.

Belfast, 7 mai 1981. Émeutes dans les quartiers catholiques après la mort de Bobby Sands.
© Yan Morvan

Ses images poignantes en noir et blanc et ses choix de carrière témoignent d’un regard vif et ouvert. Avant la guerre, le photojournaliste multiprimé (prix Robert-Capa 83, prix World Press Photo 84) s’intéresse à la marge : gangs et bikers parisiens ou prostituées de Bangkok.

« Je ne transmets rien, assure t-il. Je montre et je donne à réfléchir. Le but, c’est d’ouvrir les perspectives, de sortir des peurs qu’on nous inculque. »

Sa philosophie ? Le travail. « Il n’y a pas d’autres secrets. C’est un métier de passion, comme curé. Ça se paye au quotidien, on bosse tout le temps, mais la liberté est le plus important », souffle ce père de quatre enfants, qui passe « 4 à 5 mois par an » chez lui, à Paris.

« J’avais pas une thune alors je volais »

S’il se sent aujourd’hui « comme le pape – depuis quatre/cinq ans, on m’appelle tout le temps pour acheter mes photos » – le chemin a été long et les débuts difficiles.

« Je voulais être photographe mais j’avais pas une thune, alors je volais. Je bossais à la Fnac et je piquais des appareils. J’ai galéré pendant longtemps ».

Un temps photographe pour l’agence Sipa, celui qui shoote quasi-uniquement en argentique est indépendant depuis 1988. Ses revenus, il les réinjecte en grande partie dans ses reportages. « Les billets d’avion, le matos, ça coûte une blinde, grogne t-il. En Irlande, en 81, je n’avais pas gagné grand chose ».

La retraite ? Pas d’actualité, pour celui qui part en Centrafrique, en Ukraine puis aux Etats-Unis dans les prochains mois. «J’espère bien tenir encore 10-15 ans avec la frite. »

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